Fin octobre 2011.
Cela faisait plus de huit ans que je n’étais pas revenue à Mallorca.
Huit années sans retrouver sa lumière, ses villages, ses montagnes, ni cette sensation étrange d’apaisement que j’avais toujours ressentie là-bas. Pendant tout ce temps, l’île m’avait manqué bien davantage que je ne voulais l’admettre.
Lorsque l’avion a commencé sa descente au-dessus de la baie de Palma, j’ai aperçu la côte découpée, le château de Bellver, la silhouette familière de la cathédrale. Et soudain, tout est remonté à la surface.
Puis il y eut ce moment très précis.
À peine descendue de l’avion, en entrant dans l’aérogare, j’ai reconnu son odeur.
C’est difficile à expliquer à ceux qui n’ont jamais aimé un lieu de cette façon. Pourtant, Mallorca avait gardé la même chaleur, la même lumière, la même présence rassurante. Je craignais de m’y sentir étrangère après tant d’années. Au contraire, j’ai immédiatement eu la sensation de rentrer à la maison.
Ce jour-là, j’ai compris que Mallorca n’était pas seulement une destination dans ma vie.
C’était devenu une partie de moi.
Pourtant, notre histoire avait commencé bien plus tôt.
J’ai découvert Mallorca en 1974. J’avais sept ans. À cet âge-là, on ne comprend pas encore qu’un lieu puisse nous accompagner toute une vie. Je garde pourtant des images lumineuses de cette première rencontre : le soleil, la mer, les villages, les vacances qui semblaient ne jamais devoir finir.
Puis je suis revenue à dix-sept ans.
J’étais heureuse de retrouver l’île, sa lumière et cette atmosphère si différente de tout ce que je connaissais en France. Mais je ne savais pas encore que Mallorca allait prendre une place beaucoup plus profonde dans ma vie.
Le véritable bouleversement arriva l’année suivante, durant l’été 1985.
Cet été-là, entre les longues journées lumineuses, les terrasses de cafés et une rencontre qui allait marquer mon cœur, quelque chose a changé définitivement en moi.
Comme si l’île cessait d’être un simple lieu de vacances pour devenir peu à peu une partie de mon histoire.
Comme si ses chemins, ses paysages et sa lumière me reconnaissaient déjà.
Les années qui ont suivi ont profondément lié Mallorca à ma vie. J’y retournais plusieurs fois par an. Entre deux séjours, l’île me manquait constamment. Peu à peu, je réalisais que c’était là-bas que je me sentais la plus heureuse, la plus libre… et tout simplement moi-même.
Il y eut les étés des années 80, les terrasses de cafés, les longues journées lumineuses, les habitudes qui deviennent des repères de vie. Il y eut aussi des rencontres, des amitiés, des moments précieux qui restent attachés à certains lieux pour toujours.
Je me souviens encore de la Pasteleria Candy, au Riu Centre, à Platja de Palma.
Un après-midi de juin 1986, le temps était un peu frais et nuageux. Je n’avais envie ni d’un Coca-Cola ni d’un café. Alors j’ai demandé un chocolat chaud à Paco, un serveur devenu au fil des étés bien plus qu’un simple visage familier. Il n’y en avait pas. Mais il trouva malgré tout une solution en faisant chauffer du Laccao.
C’est ainsi que j’ai découvert cette boisson devenue depuis ma Madeleine de Proust majorquine.
Avec les années, Mallorca est entrée partout dans ma vie : dans mes habitudes, mes objets du quotidien, mes souvenirs, mes émotions. Même loin d’elle, je continuais à vivre un peu à son rythme.
Puis la vie a fait qu’entre 2003 et 2011, je n’ai plus pu y retourner.
Cette absence fut beaucoup plus douloureuse que je ne l’aurais imaginé.
Alors, pour garder le lien avec l’île, j’ai commencé à écrire.
Dès 2005, Mallorca apparaissait déjà régulièrement dans mon premier blog généraliste. Et en 2010, alors que j’ignorais encore si je pourrais un jour y revenir, j’ai créé mon premier blog entièrement consacré à l’île.
Je crois aujourd’hui que ce blog est né du manque.
D’un besoin presque vital de continuer à faire vivre Mallorca dans mon quotidien malgré la distance.
Depuis plus de vingt ans, j’écris sur cette île comme on entretient une flamme que l’on refuse de voir s’éteindre.
Chaque article, chaque photo, chaque souvenir partagé est une façon de prolonger un peu cette histoire d’amour silencieuse qui m’unit à Mallorca depuis tant d’années.
Aujourd’hui encore, lorsque nous arrivons en bateau à Port d’Alcúdia au petit matin, je ressens toujours cette émotion intacte. Voir apparaître les quais, les collines et les premières maisons me donne la sensation profonde de retrouver une partie de moi-même.
Et pourtant, il y a désormais une fragilité nouvelle dans chacun de mes séjours.
Le temps passe.
Ma maman voyage aujourd’hui avec courage malgré les années et les difficultés. Lors de notre séjour de mai 2025, son hospitalisation soudaine à Manacor nous a rappelé combien chaque voyage est précieux et fragile à la fois.
Mais ce séjour m’a aussi montré autre chose : la force des liens humains construits là-bas au fil du temps. Nos amis majorquins furent présents avec une chaleur et une générosité infinies. Mallorca n’est plus seulement un lieu que j’aime. C’est aussi un endroit où vivent des personnes devenues une partie de ma vie.
Je crois que peu de gens comprennent vraiment ce type d’attachement.
Car Mallorca n’est pas, pour moi, une simple destination de vacances.
C’est l’endroit où je peux respirer librement.
L’endroit où mes émotions ont le droit d’exister sans masque.
L’endroit où je retrouve une paix intérieure que je ne retrouve nulle part ailleurs.
Depuis plus de quarante ans, je continue de parcourir l’île avec le même émerveillement : les villages de pierre de la Serra de Tramuntana, les ruelles dorées de Palma au coucher du soleil, les ports silencieux hors saison, les routes bordées d’oliviers, les criques secrètes, les terrasses tranquilles au petit matin…
Et malgré toutes ces années, je cherche encore de nouveaux endroits à découvrir.
Peut-être parce qu’on ne cesse jamais vraiment d’explorer les lieux que l’on aime profondément.
Alors oui, Mallorca para siempre est un blog de voyage.
Mais c’est surtout une déclaration d’amour à une île qui accompagne ma vie depuis l’enfance.
Une île qui m’a aidée à grandir, à aimer, à respirer, à rêver… et parfois simplement à tenir debout.
Parce qu’au fond, Mallorca n’est pas un voyage.
C’est l’endroit où mon âme a choisi d’habiter. 🌴


Texte magnifique. Ça reflète tellement bien ce qu’on ressent !
RépondreSupprimerQue nous étions jeunes !
Juste 52 ans de moins..... 😉
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