Le Traité de Capdepera fait référence à un événement historique lié à la conquête de Majorque par Jaume Ier d'Aragon, bien que le terme "traité" soit parfois utilisé de manière imprécise dans ce contexte. Il s'agit plus précisément de la reddition des musulmans de Majorque en 1231, négociée à Capdepera, après la prise de Palma en 1229.
En 1231, après deux ans de résistance dans les montagnes de Majorque, les derniers chefs musulmans, retranchés dans la forteresse de Capdepera, acceptèrent de se rendre à Jaume Ier.
Selon la chronique de Jaume Ier lui-même (le Llibre dels Fets), cette reddition fut facilitée par une ruse : les troupes chrétiennes allumèrent des feux de camp nombreux pour simuler une armée plus importante, poussant les défenseurs à négocier. Les termes exacts de cette reddition ne sont pas détaillés dans un document formel appelé "Traité de Capdepera" dans les sources primaires, mais elle marqua la fin de la résistance musulmane organisée sur l’île, consolidant la conquête initiée en 1229.
Voici la traduction française complète et fidèle du Traité de Capdepera (17 juin 1231), d’après la copie authentifiée de 1281 conservée à la Bibliothèque nationale de France (Ms. Latin 9261). Cette traduction suit mot à mot le texte latin médiéval tout en restant lisible en français moderne. Elle respecte la structure diplomatique originale.Texte du traité"Au nom du Créateur.Moi, l’alfaqui Aboabdille Mafomet, fils de l’alfaqui Abolança Aly Abineixem, alcady et alcaid de l’île de Minorque, en mon nom et au nom de tous les anciens et savants, et de tout le peuple et des habitants de l’île susdite, présents et futurs, après avoir tenu conseil et avec la volonté unanime de tous, en présence de l’alfaqui Abolaçan Aly, mon frère, de l’alfaquiAboaçmen Abenhacam, de l’alfaqui Aboabdille Abenmomanna, de l’alcaid Abemodien Abnalhaçan, de l’alfaqui Aboayl Abenmoanna, d’Aboabdille Abenaguçiç, d’Abealbeç Ibnap Adulcarim, d’Abulabez Ibnabenxini, d’Abuasmen Abenxairon, d’Haron Abenresch, de Mucatrif Aingaçen, de Mahomad Abinçaqum, de Mahomad Abenbacar, de Huçayn Ibnalfi, de Mahomad Abençaida et d’Aly Abenyahex, nous vous concédons et vous recevons comme seigneur naturel et propre, vous, seigneur Jacques, roi d’Aragon et du royaume de Majorque, comte de Barcelone et seigneur de Montpellier, ainsi que vos héritiers qui tiendront le royaume de Majorque. Et nous, en vous faisant hommages, fidélités et serments, nous nous défaisons et renonçons à toutes seigneuries, conventions, fidélités et serments que nous aurions faits jusqu’à ce jour à toute autre personne. Et en reconnaissance de votre seigneurie et de la fidélité à laquelle nous sommes et serons tenus envers vous, nous vous donnons, concédons et libérons dès à présent la puissance du château de Minorque ; de sorte que votre signe ou votre étendard soit placé par les mains de cinq de vos personnes au sommet du château, et que soit crié à haute voix par ces mêmes personnes votre nom et votre seigneurie. Et cela fait, le château sera rendu à l’alfaqui qui s’y trouve actuellement, ou à celui qui y sera substitué, confirmé par nous et par vous. Nous promettons de vous donner et de vous libérer cette puissance, ou à votre mandataire, sans contradiction, une fois par an, chaque année, quand vous le voudrez ; mais ces personnes, une fois le château rendu à l’alfaqui comme il est dit, devront immédiatement repartir. En outre, pour une plus grande reconnaissance de votre seigneurie, nous promettons à vous et à vos héritiers ou à vos mandataires de vous donner chaque année neuf cents almudinos d’orge et cent d’orge de blé. Dans chaque almudinoseront contenus cent almudes de mut abohaç, que nous paierons à la fête de saint Jean, au mois de juin, sur la récolte de chaque année ; et cent têtes entre bœufs et vaches qui auront de deux à six ans, et trois cents têtes entre chèvres et boucs, et deux cents têtes entre moutons et brebis, et deux quintaria de beurre, chaque quintario contenant quatre pesas ; et le bétail sera remis à votre messager chaque année au mois de mars, sur le rivage de la mer, devant l’Almudaina du port de Minorque. Une fois remis à votre mandataire, celui-ci les gardera désormais à ses frais et dépens. De même, nous promettons de vous aider et de vous défendre, vous, vos hommes et leurs biens, de bonne foi et de tout notre pouvoir, contre tous les hommes, et de faire pour vous et pour votre mandataire la paix et la guerre à l’intérieur de notre île seulement ; et nous ne recevrons aucun corsaire ni aucun de vos ennemis sur terre ni sur mer. De même, si quelque navire chrétien venait à faire naufrage sur l’île de Minorque, nous promettons de recueillir tous ces biens, de les conserver et de les rendre à leur vrai seigneur, ou à vous, si le vrai seigneur n’est pas trouvé. Et si par hasard c’était un navire sarrasin, nous pourrons retenir ces biens et les employer aux travaux du château. Et de la même manière il sera fait si notre navire de Minorque venait à faire naufrage en quelque lieu de votre seigneurie. De même, nous promettons que si quelque captif s’échappait ou fuyait du royaume de Majorque et venait à Minorque, nous le rendrons, à moins qu’il ne soit originaire spécialement de l’île de Minorque ; mais pour ceux venant d’un autre lieu, nous ne sommes pas tenus. De même, nous vous concédons toutes les quintes des navires des hommes de votre terre, afin que vous les ayez ; mais pour les autres hommes qui ne seraient pas de votre seigneurie, vous en aurez la moitié et nous l’autre moitié pour les besoins du château ; lesquelles quintes seront recueillies par les mains de l’alfaqui qui est actuellement là et qui y sera après lui. Et nous, Jacques, roi susdit, en notre nom et au nom de nos héritiers et de nos hommes, nous promettons de défendre et de sauver tous les habitants de Minorque et chacun d’entre eux, ainsi que tous leurs biens sur terre et sur mer. Et par grâce spéciale et honneur que nous voulons vous faire, nous vous concédons que nul chrétien ni juif ne puisse habiter continuellement dans l’île de Minorque, sauf avec votre volonté. Et pour cette raison nous concédons et confirmons comme alfaqui sur vous, en notre lieu, le vénérable et légal alfaqui qui est actuellement là, nommé Aboabdille Abenixem, afin qu’il soit alfaqui toute sa vie. Et après sa mort, il vous sera permis d’élire parmi vous un autre alfaqui, celui que vous voudrez. Et qu’il y ait toujours parmi vous alfaqui, alcayd, alcadi et almoxariff. Et quand vous élirez l’alfaqui, vous nous le ferez savoir par votre messager et par lettres, afin que nous le confirmions ; et nous devrons alors envoyer notre messager qui recevra de lui le serment qu’il nous gardera tout ce qui est susdit. Et si par hasard vous ne vous accordiez pas sur l’élection, nous pourrons élire comme alcayd l’un d’entre vous et le constituer avec le conseil de vos anciens. De même, nous vous concédons et vous donnons que chaque fois que l’un ou plusieurs d’entre vous voudront venir en quelque lieu de notre terre pour négocier, vous soyez saufs et sûrs, francs et libres de péage, de leude et de toute demande qui pourrait être faite pour raison de marchandise. De même, nous vous concédons que chaque fois que des navires sarrasins viendront à Minorque pour négocier, tant qu’ils seront sur terre ou dans le port, ils ne soient ni pris ni grevés par nous ni par nos hommes ; mais une fois sortis du port, nous ne sommes plus tenus. De même, nous concédons que tout habitant de Minorque, avec la volonté de l’alfaqui qui y sera, puisse se transférer pour habiter où il voudra, en terre sarrasine ou chrétienne. Et s’il vient à Majorque, qu’il soit du furo des autres sarrasins qui seront de la partie d’où il viendra. De même, nous promettons que si, par événement de gens ou d’ennemis, vous aviez besoin d’aide, que dès que nous aurons votre messager, nous vous secourrons, nous vous ferons aide et nous vous défendrons comme nos propres hommes. Et chaque fois que vous devrez envoyer ce messager pour demander secours et qu’il sera à Majorque, celui qui tiendra notre lieu le guidera et le conduira jusqu’à nous sauf et sûr. Enfin, nous promettons que si l’un de nos hommes capture un sarrasin habitant de Minorque, ou s’il est capturé en quelque lieu de notre terre, nous le rendrons libre et absous avec tous ses biens. Donné à Capdepera, le 17 juin de l’an du Seigneur 1231. (Suit la liste des témoins et la souscription du notaire, puis la certification du translatum de 1281 par l’évêque Pons de Majorque.)C’est l’un des traités de protectorat les plus anciens et les mieux conservés d’Europe. "
📝 Mon article sur Jaume 1er
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