La fleur de l'orchidée- Pollença


La légende raconte qu'à l'époque romaine, une plante appelée orchidée poussait près du château du roi de Pollença. Flavi, un jeune homme d'origine modeste, découvrit qu'on pouvait extraire une teinture rouge de la fleur de cette plante. Mais Flavi était amoureux d'une belle et perfide femme, Valèria, qui l'accusa de vol pour se débarrasser de lui. Flavi fut emprisonné pendant longtemps. Pendant son incarcération, une jeune fille belle et généreuse nommée Canniana tomba amoureuse de lui.
Pour lui plaire, la jeune femme parcourait les affleurements rocheux, cueillant des orchidées qu'elle lui rapportait. La couleur rouge de l'orchidée devint son obsession, et c'est grâce à elle qu'il inventa le laticlave, une tunique qui deviendra célèbre parmi les sénateurs romains. Flavi fut libéré de prison et devint célèbre grâce à son invention. Et qu'advint-il de la belle Canniana ? Elle mourut de chagrin, incapable de conquérir le cœur du jeune homme…

 

Les calomnies vengées - Palma


Cette légende raconte comment nos mensonges peuvent se retourner contre nous. Après avoir déshonoré la jeune Beatriu Desmur et après sept années de guerre loin de Majorque, le jeune chevalier qui l'avait calomniée, de retour sur l'île, apprit la mort de la jeune femme. En guise de pénitence, il fut condamné à veiller toute la nuit auprès de son corps, seul, dans l'église Sant Francesc de Palma. On raconte que, le lendemain matin, le corps sans vie du chevalier fut retrouvé, la langue coupée, près du cercueil de la jeune fille.
Ce qui s'est passé durant la nuit reste un mystère. Certains disent que même les fantômes sont capables de vengeance.

 

Biel Perxanc et la femme de l'eau - Pollença

Maître Biel Perxanc vivait à Pollença et passait ses journées à la campagne, dans une ferme qu'il possédait près du port.

Sa maison était un véritable capharnaüm, mais un après-midi, en rentrant du travail, il la trouva propre.

Le même phénomène se reproduisit le lendemain, et le surlendemain. Intrigué, il se cacha dans une grande jarre en terre cuite pour observer ce qui se passait. Il entendit le bruit de l'eau qui coulait, et du puits émergea une belle femme à la peau claire et aux longs cheveux. La femme se mit à donner des ordres, et – comme par magie – tout fut nettoyé et remis à sa place. Il fut subjugué. Il lui demanda qui elle était, et elle répondit qu'elle venait des eaux.

Aussitôt, Biel la demanda en mariage, et elle accepta, mais à une condition :

«Tu dois me promettre de ne jamais m'appeler “femme de l'eau” ! Jamais !»

Le mariage fut célébré, et quelque temps plus tard, ils eurent deux enfants. Dès son arrivée, tout prospéra.

Un matin, la femme alla à la ferme et revint avec un magnifique bouquet. C'étaient des fleurs de haricot, éphémères et délicates. Biel était furieux car, les fleurs coupées, il n'y aurait plus de haricots dans le champ. La femme se défendit, disant qu'en tout cas, le gel du lendemain les aurait abîmés.

À ces mots, Biel entra dans une colère noire et s'écria :

«Maudite sois-tu ! Et que sais-tu du gel de demain ? Sais-tu ce que tu es ? Une maudite femme d'eau !»

Sur ces mots, la femme prit un enfant dans chaque main et disparut dans le puits.

Ils ne revinrent jamais, et Maître Biel, rongé par le regret, pleure encore son malheur. Il faut tenir ses promesses !


 

Ruixamantells, la fée - Pollença

Ruixamantellses est une fée d'une grande beauté, une nymphe des eaux envoûtante. Ses yeux sont couleur aigue-marine, son corps est élancé et son sourire énigmatique. Elle se pare de manteaux aux couleurs de l'arc-en-ciel qu'elle fait flotter au vent. On raconte qu'elle vit dans un palais enchanté au fond des mers, gardé par des phoques méditerranéens, avec des colonnes de corail rouge et des fenêtres de nacre, illuminées par des poissons aux reflets irisés.

Dans ses jardins poussent des anémones de mer et des algues aux reflets chatoyants. Elle voyage sur le dos des dauphins et, parfois, par gros temps, elle chevauche les vagues. Elle chante, se peigne les cheveux d'or et, de sa voix mélodieuse, captive les marins qui osent prendre la mer malgré la tempête.

On raconte qu'à Pollença vivait un marin intrépide et courageux qui, un jour, brava les vagues et les signes de la tempête. Sa bien-aimée le supplia sans cesse de ne pas prendre la mer, mais il demeura indifférent et fit la sourde oreille. Au milieu de l'océan, il rencontra Ruixamantells et fut subjugué par sa beauté. Aussitôt, il perdit la raison et la mémoire, et s'unit pour toujours à la fée envoûtante.

Sa bien-aimée, oubliée, le chercha inlassablement le long du rivage. Chaque jour, elle scrutait l'horizon dans l'espoir de le revoir, mais il ne revint jamais. La jeune fille se consuma de chagrin et mourut de douleur.

On l'enterra sur la plage, là où poussent les lys de mer.

Cherchez-les, regardez-les… Ils surveillent encore si le marin revient...


 

Les petits diables de Mainou - Alaró

On dit que de petits diables rôdent partout à Majorque. Un peu espiègles, certes, mais pas méchants. Surtout, il faut les occuper sans cesse, car ils sont infatigables ! Demandez donc à la dame de Mainou, à Alaró, qui leur a d'abord ordonné d'apporter une fontaine, et ils l'ont fait ! Ensuite, elle leur a demandé d'entourer toute la propriété d'un mur, et ils l'ont fait en un clin d'œil ! Et, exaspérée, elle leur a demandé de blanchir une toison de laine noire. Les petits diables ont frotté sans relâche pendant sept jours, jusqu'à ce qu'ils aient finalement dû abandonner. Tellement déçus de ne pas avoir pu terminer leur tâche, on ne les a plus jamais revus à Mainou !