Là où mon cœur est amarré
Depuis l'âge de sept ans, sous ton ciel éclatant,
Mallorca s'est glissée dans mon cœur d'enfant.
Puis je suis revenue à mes dix-sept printemps,
Avec déjà ce trouble étrange et bouleversant,
Et ce fut cet été 1985, un été magnifique,
Qui m’a offert une rencontre magique.
Un Majorquin prit ma main dans la douceur du soir,
Et j'ai laissé là-bas une partie de mon histoire.
Depuis, les années passent sans jamais rien défaire,
Je reviens vers ton ciel comme on revient vers la lumière.
Quarante ans d'attachement, de départs, de retours,
Et mon cœur te choisit encore et encore chaque jour.
Je ne viens plus chez toi comme viennent les touristes,
Pressés de repartir après quelques tours de piste.
Le port en approche, le vent murmure avec raison :
”Tu es enfin rentrée, bienvenue à la maison”
Mais vient, aussi, ce soir où le bateau s'éloigne,
Quand le silence seul de mon chagrin témoigne.
Je reste sur le pont longtemps à regarder
Les lumières de la ville lentement s'effacer.
Et quand la côte enfin disparaît dans la nuit,
Une pensée douloureuse obstinément me suit :
”Et si cette traversée était la dernière,
Je garderais en moi ta si douce lumière."
Alors je grave tout au fond de ma mémoire :
La chaleur des matins, les ruelles du soir,
Les villages de pierre baignés de clarté.
Je retrouve une paix que j'avais oubliée.
Car en France souvent je donne le change au monde,
Je cache mes silences sous des paroles rondes.
Mais là-bas, mes émotions respirent simplement,
Mes larmes ont le droit d'exister librement.
Je fais le tour des amis devenus ma famille,
Quelques embrassades sous la lumière tranquille,
Des ”Comment vas-tu ?" sincères et chaleureux,
Qui rendent mes retours profondément précieux.
Si certains de tes plats me surprennent parfois,
Tes douceurs, elles, savent toujours gagner sur moi.
Une ensaïmada ou un pa amb oli dégustés sans façon,
Et ce verre de Laccao comme une consolation
Et malgré tant d'années passées à te connaître,
Je continue encore à vouloir te redécouvrir peut-être.
Je parcours chaque jour les quatre coins de l'île,
Les routes oubliées, les chemins pas faciles.
Et cette année, une amie dans un sourire
A laissé doucement cette phrase venir :
”Martine connait mieux Mallorca que moi…”
Alors mon cœur s'est serré encore une fois.
Depuis plus de vingt ans, mon blog te raconte,
Comme une flamme fidèle refusant de s'éteindre.
Chaque photo gardée, chaque mot partagé
Est une façon encore de ne pas te quitter.
Et il y eut ce mois de mai 2025 gravés dans ma mémoire,
Dix jours suspendus entre la peur et l'espoir.
Quand le bonheur soudain devint plus fragile encore.
Quand ma maman fut conduite à l'Hospital de Manacor,
Une pneumonie, les longues heures d'attente,
Les nuits sans sommeil et l'angoisse oppressante.
Pourtant, quand je regarde aujourd'hui ce séjour,
Je n'y vois pas seulement la douleur autour.
Car je n'étais pas seule à porter mes frayeurs,
Il y avait des présences pour alléger mon cœur.
Nos amis majorquins étaient là simplement,
Avec cette chaleur qui soigne tendrement.
Et surtout il y avait, malgré son propre chagrin,
Une amie au cœur lourd, qui pourtant de ses mains
A trouvé la force encore de me tenir debout
Alors qu'elle vacillait elle-même malgré tout.
J'avais tant de scrupules face à sa douleur,
Comment lui demander encore un peu de cœur ?
Mais les vraies amitiés ressemblent à cela :
Même blessées elles-mêmes, elles restent là.
Alors entre deux larmes, serrées dans les bras,
Nous répétions parfois cette phrase-là :
”C'est la MIERDA !” — et dans ce cri mêlé
De chagrin et de vie, nos peines se sont retrouvées,
Avant de repartir, j'ai dit d’un voix sombre :
”Si todo va bien, nous reviendrons en octobre…”.
Car nul ne sait vraiment ce que demain prépare,
Ni combien de retours la vie nous laisse encore.
Chaque départ vers toi ressemble à une renaissance,
Chaque retour en France à une longue absence.
Entre deux retrouvailles, le temps perd sa couleur ;
Je retrouve auprès de toi le battement de mon cœur.
Comptant les saisons, les mois, puis les semaines,
Avec au fond du cœur cette peur ancienne :
Qu'un jour sans prévenir arrive le dernier retour,
Le dernier bateau blanc, le dernier séjour.
Alors je ferme les yeux quand le manque est trop fort,
Et j'entends ta lumière murmurer : ”Pas encore.”
Tant qu'un bateau blanc fendra encore la mer,
Tant qu'Alcúdia brillera encore dans la lumière,
Je garderai au fond de moi cette vérité :
Mallorca est l'endroit où mon âme a choisi d'habiter.
Et même loin de toi, quand la tristesse m'effleure,
Je sais que tu bats encore quelque part dans mon cœur.
M.M - 20 mai 2026

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